Vous voyez en relief parce que vos deux yeux, écartés de quelques centimètres, reçoivent deux images légèrement différentes. Le cerveau compare ces deux vues et traduit leurs décalages en distances. Une image en relief reproduit ce mécanisme : elle fournit une vue par œil, et un procédé optique empêche chaque œil de voir l’autre.
L’essentiel
- Le relief vient du décalage entre deux vues, pas d’un effet de couleur ni de l’écran.
- Toutes les techniques résolvent le même problème : séparer la vue gauche de la vue droite.
- Les filtres colorés séparent par la couleur, la polarisation par l’orientation de la lumière, le stéréoscope par l’optique.
- Sans séparation complète, une partie de l’autre image passe : c’est l’ombre fantôme.
Périmètre Cette page explique le principe de la vision stéréoscopique et compare les procédés de séparation. Elle ne traite ni de la modélisation 3D, ni des casques de réalité virtuelle, ni des questions de vue : pour celles-ci, voyez un orthoptiste ou un ophtalmologiste.
Pourquoi deux yeux voient-ils une profondeur qu’un seul ne voit pas ?
Tenez un crayon à bout de bras devant une fenêtre, puis fermez alternativement un œil et l’autre. Le crayon saute de côté par rapport au décor. Ce saut, c’est la disparité binoculaire : chaque œil voit la scène depuis sa propre position. Plus un objet est proche, plus il se déplace d’une vue à l’autre. Un objet très lointain ne bouge presque pas.
Le cerveau ne voit pas deux images. Il apparie les détails correspondants des deux vues et transforme leurs écarts en distances. Cette opération s’appelle la fusion. Elle s’ajoute à d’autres indices de profondeur, comme la taille apparente, la perspective ou le recouvrement d’un objet par un autre, qu’un seul œil perçoit aussi. La différence se voit sur une photo ordinaire : elle montre tous les indices monoculaires, mais pas la disparité. C’est ce qui la rend plate.
Charles Wheatstone décrit en 1838, dans les Philosophical Transactions de la Royal Society, un appareil à deux miroirs qui présente à chaque œil un dessin différent d’un même objet. Les deux dessins, regardés séparément, sont plats. Présentés chacun à un œil, ils donnent un objet en volume. C’est la démonstration fondatrice : la profondeur ne se trouve dans aucune des deux images, elle naît de leur différence. Sources confrontées : Charles Wheatstone, Contributions to the Physiology of Vision, Philosophical Transactions of the Royal Society, 1838 · Wikipédia, Stéréoscope.
Comment empêcher chaque œil de voir l’image de l’autre ?
Une image en relief n’a qu’un problème à résoudre. Les deux vues sont présentées au même endroit, ou côte à côte, et il faut que l’œil gauche ne voie que la vue gauche, l’œil droit que la vue droite. Chaque technique de relief est une réponse différente à cette seule question.
Par la couleur : l’anaglyphe
Les deux vues sont imprimées ou affichées l’une sur l’autre, chacune dans une couleur. Des lunettes à filtres colorés, en général rouge et cyan, laissent passer une couleur devant chaque œil et bloquent l’autre. Le procédé marche sur n’importe quel écran couleur et sur papier, ce qui en fait le plus accessible. Il altère en revanche les couleurs de l’image. Le dossier anaglyphe le détaille.
Par l’orientation de la lumière : la polarisation
Les deux vues sont projetées avec des lumières polarisées différemment, et chaque verre des lunettes ne laisse passer qu’une des deux polarisations. Les couleurs sont préservées, mais il faut un dispositif d’affichage qui sache produire ces deux lumières, comme un cinéma équipé ou un écran spécifique. Sur un écran d’ordinateur ordinaire, des lunettes polarisées ne montrent rien de plus qu’un verre gris.
Par l’optique : le stéréoscope
Les deux vues sont posées côte à côte, et un jeu de lentilles ou de miroirs dirige chacune vers un seul œil. C’est le principe du stéréoscope de Wheatstone et des visionneuses qui ont suivi. Les couleurs sont intactes et la séparation est totale, au prix d’un appareil dans lequel on regarde.
Par le regard seul : la vision libre
Les deux vues sont côte à côte, et c’est l’orientation des yeux qui fait la séparation : regard parallèle, ou regard croisé en avant de l’image. Aucun matériel n’est nécessaire, mais la technique s’apprend. Le dossier stéréogramme explique comment.
Par l’écran : l’autostéréoscopie
Un réseau de fines lentilles ou une grille placée devant l’écran envoie des colonnes de pixels différentes vers chaque œil, à condition de se tenir à la bonne place. Le relief se voit sans lunettes, mais seulement dans certaines zones devant l’écran.
Quel procédé choisir selon ce que vous voulez faire ?
| Procédé | Séparation par | Matériel pour regarder | Couleurs | Support |
|---|---|---|---|---|
| Anaglyphe | Couleur des filtres | Lunettes à filtres colorés | Altérées | Tout écran couleur, papier |
| Polarisation | Orientation de la lumière | Lunettes polarisées | Préservées | Projection ou écran équipé |
| Stéréoscope | Lentilles ou miroirs | Visionneuse | Préservées | Paire d’images côte à côte |
| Vision libre | Orientation du regard | Aucun | Préservées | Paire d’images côte à côte |
| Autostéréoscopie | Réseau optique de l’écran | Aucun | Préservées | Écran spécifique |
Pour regarder des images publiées en ligne, avec le moins de matériel possible, l’anaglyphe rouge-cyan reste le choix le plus simple : une paire en carton suffit. Je ne choisirais la vision libre que si vous êtes prêt à vous entraîner quelques minutes, et le stéréoscope que pour une collection d’images déjà montées en paires.
Pourquoi voit-on parfois l’image en double ?
Une ombre fantôme, c’est un reste de l’image de l’autre œil qui passe à travers le filtre. Aucune séparation n’est parfaite : un filtre rouge laisse passer un peu de cyan, une polarisation laisse fuir un peu de l’autre. Le cerveau voit alors, autour des contours les plus contrastés, un léger dédoublement. Il est plus marqué sur les zones très claires voisines de zones très sombres.
Trois leviers la réduisent. Des filtres bien accordés aux couleurs de l’écran, d’abord. Un montage qui évite les forts contrastes au premier plan, ensuite. Enfin, une base stéréo raisonnable à la prise de vue : plus le décalage entre les deux vues est grand, plus le fantôme s’écarte du contour et devient visible.
Que faire si le relief n’apparaît pas du tout ?
Commencez par le matériel : des lunettes rouge-cyan ne montrent aucun relief sur une image vert-magenta, et une paire portée à l’envers inverse le relief. Vérifiez ensuite la distance et l’angle de vue : un écran regardé trop en biais dégrade la séparation. Si le relief ne vient jamais, quelle que soit l’image, ou si l’exercice vous gêne, c’est une question pour un orthoptiste ou un ophtalmologiste, pas pour ce site.
Quel outil utiliser pour passer à la pratique ?
Le plus simple pour vérifier le principe est de regarder une mire à travers vos propres lunettes : le test « Quelles lunettes avez-vous ? » montre la séparation à l’œuvre, filtre par filtre. Sans lunettes, l’entraîneur de vision libre fait la même démonstration avec vos seuls yeux.
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À lire ensuite
Les articles de ce dossier approfondissent chaque question, image produite à l’appui. Ils sont réunis dans la rubrique Techniques du relief du blog.
- Vision binoculaire : pourquoi nos deux yeux voient en relief
- Image 3D sans lunettes : autostéréoscopie et écrans lenticulaires
- Projection polarisée : le principe du cinéma 3D expliqué
- Ombre fantôme en 3D : d’où elle vient et comment l’éviter
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